Un doigt le long de ta nuque, une caresse au creux de ton rein. Une mèche de cheveux remise à sa place, un sourire déposé au coin de ma bouche, un rien habite mon décor. J'ouvrirai la porte aux flocons de l'hiver et à la brise du printemps, à tes pas à nouveau dans les miens, aux lettres échappées et rattrapées à l'envolée. Il suffirait d'un rien, d'une esquisse de toi auprès de moi, d'une seconde en suspend. Pardonne à ma maladresse, pardonne à ma détresse lorsque je t'interroge d'un regard.. Moi je voulais des minutes accélérées, des jours qui s'enfilent au temps avec la justesse des notes sur la partition. Je voulais rire aux éclats et te voir m'aimer, j'aurais voulu jouer à l'enfant et t'offrir des moments d'insouciance. Moi je voulais être celle dont tu étais fier, un bout de femme qui n'aurait pas eu peur et n'aurait courbé l'échine à aucun instant. Je voulais prendre la vie à bras le corps et te prouver que je n'étais plus si fragile. Pardonne mes échecs, pardonne mes excès. Dans l'enfer de mes nuits, je t'offre le chaos de ma peau, et parmi les kilomètres qui m'éloigne de toi, je m'égare si souvent près de toi..
Dehors, la pluie baise avec la nuit. Et dans mon dos coule le sang et l'encre de mots seulement murmurés. Le froid, la glace, le vent. L'hiver cristallise mes peurs. La détresse me va comme un gant. Et le fouet des souvenirs me vampirise. C'est la ritournelle torturante ; âme et corps comme champ de bataille. Mes cris silencieux comme remparts de ma prison. Adieu ma Belle, Adieu Salaud ; que le torrent de mes larmes vous entraîne au de-là de mes horizons.
Il y a un nom sur mes lèvres. Un nom à sussurer, à glisser à l'oreille, à écrire sur une feuille vierge. J'ai envie de le crier, de l'hurler, de le faire vivre et d'insister sur chacunes de ses syllabes. Il y a un nom sur mes lèvres que je ne me laisserais voler, il y a un nom sur mes lèvres qui comme un oiseau s'y est posé. Un nom que j'embrasse, que j'enferme dans mon poing comme on met l'oiseau en cage, précieux ; il mérite le plus beau des écrins. Il est douceur comme il est chaleur : il m'embrase. Il habille de ses lettres mon corps de femme qui s'épanche au dessus de ses nuits, il épanouit mes heures, mes jours et rend à l'immaculé ses couleurs. Un nom que je croque amoureusement, que je garde jalousement. Le nom d'un homme, le nom de mon amant. Jonathan.
Sur ses lèvres aigries un rictus annonce toute sa haine. De ses doigts-griffes elle lacère les joies et amours d'autrui. Garce. Et apporte sur le plateau d'or du mensonge, l'amitié. L'amitié hypocrite. Elle s'amuse à pourrir la vie des autres pour mettre la sienne sur un piédestal. A mon tour l'indifférence devrait croître en moi pour ce pantin vide d'amour. Mais une colère sourde se terne à la place, je ne supporte plus la bêtise humaine et sa cruauté. Une avide cruauté même, à détruire tout ce qu'il y a de beau à la portée de sa main, d'ironiser chaque rêve autre que les siens, de s'acharner sur le bonheur qui ne lui appartient pas. Pauvre petite conne. J'ai pitié de ton penchant pour le mal. Pauvre petite conne. Tu ne me voleras rien. Ni mon sourire, ni ma joie. Tes mots ne me frôlent qu'à peine. J'ai juste mal quand tu poses le regard sur ceux que j'aime. Pauvre petite conne, contente toi de ta pauvre petite vie, use et re-use de tes petites joies banales et anéantise-toi doucement, continue.. Moi je rirais le jour où cela se retournera contre elle. J'en ris d'avance.
Je fais d'une brassée de vie, un roman. Les virgules s'emmêlent aux parenthèses et baisent avec mes jours. Tout se confond, les interrogations s'envolent à contre-courant. La morsure a déserté mon corps, mes hanches se font à présent amoureuses, l'enfant aveuglée a recouvert la vue. L'enfant d'aujourd'hui a les yeux alléchés et alléchants. Le couteau a quitté les mains sanglantes de mon bourreau, et j'ai refermé la porte au nez des angoisses qui rythmaient mes heures d'ombres. C'est une cicatrice d'un temps qui s'efface, une lutte contre les invisibles, une valse mélancolique et un langoureux vertige. Le mal en passion et les obsessions malsaines sont révolus. Voici venir les temps où sur mon visage la joie s'inscrit sans peine, où les rides ne sont plus celles des doutes mais celles des sourires, voici venir les temps où le corps reprend vie et possession de son double, les temps d'une entité différente : épanouie. Et ma vie s'enivre...